Ils ont mesuré l’intensité des champs électromagnétiques de radiofréquences (CEM-RF) à différentes heures de la journée et en plusieurs endroits autour des antennes, tout en évaluant la qualité du sommeil grâce à un questionnaire standard reconnu, le Pittsburgh Sleep Quality Index.
Les résultats ont révélé deux observations principales : d'une part, les niveaux de CEM-RF mesurés autour des antennes BTS dans la zone d'étude, se sont avérés inférieurs aux limites d’exposition définies par la Commission Internationale de Protection contre les Rayonnements Non-Ionisants (ICNIRP). D'autre part, les résidents participant à l'étude ont rapporté, de manière générale, une mauvaise qualité de sommeil. En particulier, les habitants vivant à moins de 100 mètres des antennes déclaraient un sommeil encore moins bon que ceux vivant à plus de 300 mètres. De plus, selon les auto-déclarations des participants via les questionnaires, une utilisation prolongée du téléphone portable était associée à une dégradation de la qualité du sommeil.
Cette étude présente plusieurs limites notables. Tout d’abord, l’échantillon se compose uniquement de jeunes adultes, ce qui restreint la généralisation des résultats à l’ensemble de la population. De plus, la qualité du sommeil repose sur l’auto-déclaration, susceptible de biais de rappel et de désirabilité sociale. Les biais sont des erreurs qui peuvent influencer les résultats d’une étude, par exemple en augmentant ou réduisant les effets. Il est donc important de les prendre en compte lorsqu’on évalue une étude. L’étude n’a pas non plus pris en compte certains facteurs de confusion majeurs pouvant influencer le sommeil, tels que le stress, le bruit ambiant, des pathologies sous-jacentes, les habitudes de vie (alimentation, activité physique, consommation de substances), ou encore des variables sociodémographiques comme l’âge, le sexe ou le niveau d’éducation.
La nature transversale de l’étude (les données du groupe de personnes étudié ont été collectées à un moment précis dans le temps) limite également la portée des résultats : elle ne permet d’établir qu’une association, sans lien de causalité entre l’exposition aux CEM-RF et les troubles du sommeil. Les mesures d’exposition, bien que répétées à différents moments et distances, restent ponctuelles et imprécises : la durée exacte des relevés n’est pas spécifiée, et l’exposition réelle varie fortement selon des différents facteurs (distance, obstacles, usage du réseau, etc.), rendant difficile une évaluation individualisée fiable. Par ailleurs, il aurait été intéressant que les auteurs analysent la qualité du sommeil en fonction des niveaux de CEM-RF mesurés plutôt qu’en fonction la distance aux antennes, qui ne reflètent pas nécessairement l’exposition réelle.
Enfin, un aspect psychologique non mesuré pourrait également jouer un rôle : vivre près d’une antenne peut générer de l’anxiété ou une gêne subjective, susceptibles d’affecter le sommeil indépendamment de l’exposition réelle aux CEM-RF. Ce facteur de confusion supplémentaire illustre la complexité des liens entre environnement perçu, bien-être psychologique et santé.
Les auteurs relèvent que pour étudier les effets de l’exposition aux CEM-RF sur la qualité du sommeil, il est important de mesurer l’exposition individuelle sur une longue période, de prendre en compte des facteurs comme la pollution sonore, et d’utiliser des méthodes objectives telles que l’électroencéphalographie pour analyser l’activité cérébrale pendant le sommeil en conditions réelles. Cela permettrait de limiter les biais et d’améliorer la compréhension des effets de cette exposition sur le sommeil.
En conclusion, cette étude a observé une association entre la proximité des antennes de téléphonie mobile et une qualité de sommeil auto-déclarée plus faible, ainsi qu'avec une utilisation prolongée du téléphone portable. Cependant, ces résultats sont à prendre avec précautions au vu des importantes limites méthodologiques. Ainsi, des recherches futures, plus rigoureuses et détaillées, intégrant des méthodes objectives et un contrôle accru des variables, sont nécessaires pour mieux comprendre ce potentiel lien et réduire les incertitudes.