Pour y parvenir, l’équipe de recherche a rassemblé 44 participants (dont 24 hommes et 20 femmes), majoritairement âgés de 21 à 31 ans et en bonne santé. Les volontaires devaient respecter une série de critères comme : avoir un sommeil régulier, ne pas être malade, ne pas consommer de tabac ni de drogues et ne pas présenter de sensibilité spécifique aux CEM. Il était demandé aux volontaires de ne pas consommer d’excitants (café, alcool, chocolat) pendant les 24 heures précédant l’expérience. L’ensemble de ces mesures sont prises pour éviter qu’un potentiel effet observé sur le SNA soit dû au manque de sommeil ou à la prise de café par exemple et pas à l’exposition étudiée ici, la 5G.
Les volontaires ont été exposés à des CEM émis par une antenne 5G avec une fréquence de 3,5 GHz et une intensité de champ électrique entre 1 et 2 V/m. Bien qu’elle ait été reproduite en laboratoire, cette exposition mime l’exposition à la 5G à laquelle on pourrait faire face actuellement dans les environnements où de telles antennes existent. Le DAS (Débit d’Absorption Spécifique, c’est à dire la quantité d’énergie électromagnétique absorbée par les organes) moyen était de 0,037 mW/kg et 0,008 mW/kg pour la tête et le cerveau respectivement. Ces valeurs sont largement en-dessous de la limite européenne qui est de 2000 mW/kg.
La pièce dans laquelle a eu lieu l’expérience était protégée de toute autre source possible de CEM.
L’impact sur le système nerveux autonome a été mesuré de deux façons :
- La température de la peau en trois points précis (main, tête et nuque) ;
- L’activité électrodermale, c’est-à-dire l’activité électrique de la peau. Pour mesurer l’activité électrodermale, les volontaires étaient soumis à des bip sonores réguliers, espacés de 15 secondes qui induisent naturellement une réaction électrodermale. Le but ici était de vérifier si cette réaction naturelle à un bip sonore pouvait être modifiée sous l’exposition à des CEM-5G.
Chaque volontaire a participé à deux sessions distantes de maximum 1 semaines l’une de l’autre. Parmi les deux sessions, l’une comprenait une exposition réelle et l’autre était « sham ». (« sham » signifie que les individus étaient placés exactement dans les même conditions que lors de la session d’exposition, à l’exception de l’exposition en elle-même qui n’était pas activée. Cela permet de s’assurer qu’une différence entre les deux groupes, si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les deux groupes). L’ordre des sessions « exposé » et « sham » était aléatoire.
Chaque session se décomposait en trois phases :
- Une phase de référence (17 min) pendant laquelle les volontaires n’étaient pas exposés et le savaient. Cette phase permettait de mesurer leurs paramètres à l’état normal ;
- Une phase d’exposition potentielle (25 min 30 s) : Durant cette phase, les volontaires étaient soit exposé soit pas selon la session (exposé » ou « sham »). Ni eux, ni l’équipe de terrain ne savait si l’exposition était réelle ou pas ;
- Une phase sans exposition (17 min) de façon à observer de potentiels impacts post-exposition.
La température de la peau et l’activité électrodermale ont été mesurées avant et après la phase d’exposition potentielle de façon à vérifier si un changement se produisait.
À l’analyse des résultats, les valeurs de température corporelle et de conductivité de la peau ont été comparées entre les sessions exposée et non-exposée (« sham »).
L’équipe de recherche a observé un changement de la température de la peau lors des sessions exposées aux CEM-5G. Il s’agissait d’une légère augmentation de la température au niveau de la tête (seulement après exposition) et de la nuque (durant et après l’exposition). De plus, l’équipe a observé une activité électrodermale plus faible lors des sessions exposées aux CEM-5G. L’équipe de recherche en conclut que le fait d’être exposé aux CEM-5G pourrait influencer les réactions du corps humain à un stimulus sonore. D’autres modifications de l’activité électrodermale ont également été observées, qui pourraient indiquer une accélération du traitement de l’information sonore par le cerveau.
Les chercheurs soulignent que bien que les résultats soient significatifs, les changements de température et d’activité électrodermale observés restent dans une fourchette normale pour le corps humain et pourraient avoir été induits par un autre élément que l’exposition aux CEM-5G. Pour en avoir le cœur net, de futures recherches sont nécessaires, dont des études qui répliqueraient le protocole appliqué ici pour vérifier si les résultats seraient similaires ou non. Cela permettrait de confirmer ou d’infirmer les conclusions de l’étude.
L’équipe de recherche souligne une série de limites à cette étude. Tout d’abord, l’exposition est d’assez courte durée (25 min 30s) et il est important de vérifier si de tels effets biologiques sont aussi observés quand les durées d’exposition sont plus longues. D’autre part, l’équipe conseille d’inclure un plus grand nombre de participants lors de prochaines études de ce type. Cela permettrait de vérifier s’il existe des différences entre des sous-groupes (hommes/femmes par exemple) tout en gardant un nombre suffisant d’individus dans chaque sous-groupe.
Nous identifions une série de critères de qualité dans cette étude :
- L’étude a été réalisée en triple aveugle, ce qui signifie que ni les volontaires, ni la personne en charge de l’expérimentation, ni les personnes qui ont analysé les données ne savaient quelles sessions étaient exposées ou non. Il est important de travailler en aveugle pour éviter que les préjugés que les chercheurs pourraient avoir sur la 5G n’influencent leur lecture ou le traitement des résultats ;
- L’étude comprenait deux sessions d’exposition par individu, dont une réelle et l’autre « sham » (c.-à-d., dans le même contexte, mais sans que l’antenne ne soit allumée, donc sans exposition), aléatoirement ordonnées ;
- L’ordre des sessions « exposé » et « sham » (distantes de maximum 1 semaine l’une de l’autre), était établi de manière aléatoire. C’est une qualité de l’étude, car ça permet d’éviter un potentiel effet qui serait dû à l’ordre des sessions ;
- La température et l’humidité ambiantes étaient contrôlées tout au long de l’expérience.
En conclusion, il s’agit d’une étude qualitative car l’équipe de recherche a pris un certain nombre de précautions importantes (citées ci-dessus) et qui permettent une meilleure confiance dans les résultats observés. Cependant, la taille de l’échantillon et sa composition ne permettent ni d’étendre les résultats à une population plus large, ni de réaliser des tests plus détaillés qui induiraient d’observer les individus par sous-groupes d’âges ou de genre par exemple. Nous soulignons l’intérêt de reproduire une telle étude avec un échantillon plus conséquent.