Publication Recherche sur les effets de l’exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquences sur les mécanismes moléculaires tels que la résistance à l’insuline et l’adipogenèse chez les embryons de poissons zèbres – une étude pilote sans mesure quantitative

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Publication - Santé

Koç IY, Beler M, Ünal İ, Paker S, Emekli-Alturfan E, Alturfan AA, Cansız D.

L’augmentation de l’obésité chez les jeunes ces dernières décennies a incité les chercheurs à se demander si elle pouvait être liée à l’exposition croissante des embryons humains aux champs électromagnétiques de radiofréquences (CEM-RF), elle-même due à l’augmentation des communications sans fil.

Dans cette étude, les chercheurs ont exposé des embryons de poissons zèbres à des CEM-RF et ils ont analysé deux potentiels impacts sur les embryons. En premier lieu, l’équipe de recherche a évalué si la quantité de certaines protéines (qu’on pourrait comparer aux ouvrières du corps humain, avec des rôles très variés) liées au stockage de graisses variait sous l’influence des CEM-RF. Ensuite, l’équipe a tenté d’évaluer si l’exposition aux CEM-RF semblait impacter les capacités locomotrices des embryons, c’est-à-dire leurs capacités à bouger et à se déplacer.

Ils ont choisi les poissons zèbres car ces poissons transparents présentent une série de similitudes avec les mammifères en ce qui concerne :

(1) le métabolisme des lipides (c.-à-d., la façon dont les matières grasses sont digérées et assimilées par le corps) ;

(2) la structure du pancréas, qui est l’organe qui produit les hormones (c.-à-d., les messagères de l’organisme), régulant le stockage des aliments qui apportent de l’énergie au corps (ex : sucres rapides et sucres lents) et ;

(3) la biologie des tissus adipeux (c.-à-d., la graisse).

Les embryons de poissons zèbres ont été exposés à des CEM-RF dans la bande de fréquence 900MHz à l’aide d’une antenne émettrice. Les expositions ont eu lieu une fois par jour durant 5 jours. Une première fois moins de 2 heures après fécondation, puis après 24h, 48h, 72h and 96h. L’équipe a constitué trois groupes de 50 embryons de poissons zèbres chacun :

  • « Groupe 30 min » : ce groupe a été exposé durant 30 minutes par jour,
  • « Groupe 60 min » : ce groupe a été exposé durant 60 minutes par jour,
  • « Groupe contrôle » : ce dernier groupe n’était pas exposé. Un groupe contrôle est un groupe de référence qui n’est pas soumis à l’exposition. On peut donc comparer les résultats du groupe exposé aux résultats du groupe contrôle. Cela permet de s’assurer, si une différence est observée, qu’elle est certainement due à l’exposition reçue et pas à un autre élément lié aux embryons ou à leur environnement.

Le système d’exposition était à moins de 8 mm de chaque petit récipient contenant les embryons. Les chercheurs n’avaient pas le moyen de mesurer le DAS (ou SAR en anglais, pour « Specific Absorption Rate », l'unité de mesure, exprimée en Watts par kilogramme (W/kg), qui permet de mesurer la quantité d’énergie des ondes radiofréquences que le corps absorbe lorsqu’il est exposé à un CEM-RF). Ils ont donc simplement mesuré l’exposition aux champs électriques émanant de l’antenne émettrice. Quand le système était allumé, ils ont mesuré des niveaux de champs électriques allant de 12 à 18 V/m (Volts par mètre). Quand le système était éteint, ils mesuraient un champ électrique de fond d’environ 0,1 V/m.

Après chaque session d’exposition, les échantillons étaient photographiés puis observés au microscope. À la fin de toutes les sessions d’exposition (donc 96 heures après fécondation) des analyses de laboratoires étaient réalisées de façon à vérifier les potentiels impacts sur leurs corps.

L’activité locomotrice, c’est-à-dire la capacité à être en mouvement, était évaluée comme suit : Les embryons de 5 jours ont été placés seuls dans une boite (de Petri) filmée dans laquelle ils étaient stimulés par une fine pointe. L’équipe observait ensuite les images filmées pour évaluer leurs vitesse de déplacement, leurs mouvements et l’ampleur de l’exploration de la boite dans laquelle ils se trouvaient.

L’équipe de recherche a pu observer au microscope que certains embryons exposés durant 30 min/jour présentaient des hémorragies au cerveau et que certains embryons exposés durant 60 min/jour présentaient une queue plus courte, des œdèmes cardiaques ainsi que des hémorragies au cerveau. Malgré ces observations faites au microscope, ils n’ont pas observé de différences significatives entre les 3 groupes en ce qui concerne le taux de mortalité ou d’éclosion.

Ils ont aussi observé que les embryons exposés 30 min/jour présentaient une vitesse moyenne, un taux d’exploration, ainsi que des distances parcourues plus élevées que les embryons du groupe contrôle. L’inverse a été observé dans le groupe exposé 60 min/jour. Ceux-là présentaient une vitesse moyenne plus faible, avaient tendance à moins explorer et à parcourir des distances plus petites que les embryons du groupe contrôle.

Enfin, les analyses sur la quantité des différentes protéines liées au stockage des graisses ont montré que la formation de ces protéines étaient perturbées par l’exposition aux CEM-RF (900MHz). Ces protéines étaient moins nombreuses dans les deux groupes exposés quand on les comparait au groupe contrôle. Elles étaient encore moins nombreuses dans le groupe exposé 60 min par jour quand on le comparait au groupe exposé 30 min par jour.

Les expériences ont été réalisées à l’aveugle, ce qui est un gage de qualité. En pratique, les groupes d’embryons portaient un numéro plutôt qu’un nom définissant leur groupe d’appartenance. Les chercheurs responsables des analyses ne pouvaient donc pas être influencés par l’information du type d’exposition reçue par chaque groupe (30 min, 60 min, ou pas d’exposition). La présence d’un groupe contrôle est aussi gage de qualité car elle permet de s’assurer que les potentielles différences observées entre le groupe exposé et le groupe contrôle sont effectivement dues à l’exposition.

Cependant, le groupe contrôle était ici complètement sorti de l’environnement expérimental pendant les périodes d’exposition des autres groupes. Cela permettait de s’assurer qu’il n’était pas du tout exposé, mais modifiait complètement l’environnement de ce groupe, au risque d’une exposition à d’autres facteurs non contrôlés qui pourraient à leur tour influencer les résultats de l’étude. C’est donc une limite importante de cette étude.

Enfin, il est important de souligner que les chercheurs de cette équipe n’avaient pas l’équipement nécessaire pour mesurer le DAS. Ils invitent donc à considérer ces résultats comme préliminaires et soulignent l’importance de reproduire de telles études en incluant un appareil robuste de mesure du DAS.