Pour tester cela, les chercheurs ont utilisé des rats Wistar albinos mâles répartis en cinq groupes. Un groupe contrôle était maintenu dans les conditions habituelles, sans exposition. Deux groupes ont été exposés aux CEM-RF : l’un pendant 1 semaine (exposition courte), l’autre pendant 10 semaines (exposition longue). Tous les rats ont été exposés 2 heures par jour. Les chercheurs ont mesuré la température des rats afin de s’assurer qu’elle restait stable, pour être certains que les résultats ne soient pas dus à un effet thermique (élévation de la température en lien avec les CEM-RF, comme dans un four à micro-ondes). Enfin, deux groupes « sham » pour la longue et courte exposition. À la différence de la condition contrôle, la condition « sham » nécessite de placer les rats non exposés dans les mêmes conditions que ceux exposés à l’exception de l’exposition (par exemple, les animaux sont placés dans les mêmes cages, dans les mêmes conditions, mais avec le système d’exposition éteint). Cela permet de s’assurer qu’une différence entre les deux groupes, si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les deux groupes.
À la fin des périodes d’exposition aux CEM-RF, les chercheurs ont analysé les testicules des rats pour détecter des changements dans certaines protéines clés. Ces protéines permettent de surveiller le stress cellulaire dans le réticulum endoplasmique (une sorte de centre de contrôle de la qualité des protéines dans la cellule). Quand ce stress devient trop intense, la cellule peut déclencher un mécanisme d’autodestruction appelé apoptose, une sorte de suicide contrôlé qui est utile pour éliminer les cellules abîmées. Les analyses ont donc porté sur des marqueurs protéiques spécifiques liés à ce stress et à l’apoptose.
Les résultats ont montré qu’après dix semaines d’exposition, les cellules des testicules présentaient beaucoup de signes de stress, et qu’après seulement une semaine, certains signes de mort cellulaire apparaissaient déjà. Pourtant, les cellules de base, qui servent à fabriquer les futurs spermatozoïdes, semblaient épargnées. Ce sont surtout les cellules plus avancées dans leur transformation en spermatozoïdes qui montraient des signes de dommage.
Selon les chercheurs, c’est la première étude montrant que l’exposition à des CEM-RF de 2100 MHz peut induire un stress du réticulum endoplasmique et activer des mécanismes d’apoptose dans les testicules de rats. Les analyses ont été faites dans de bonnes conditions, à l'aveugle, c’est-à-dire que les chercheurs ne savent pas quels rats sont exposées ou non aux CEM-RF, afin d'éviter toute influence sur les résultats, même involontaire. Ils ont également utilisé des groupes contrôle et sham. Mais il est important de rappeler que cette étude a été menée uniquement sur des animaux. Elle ne permet pas de conclure à un effet chez l’être humain. De plus, les auteurs reconnaissent qu’il faut d’autres recherches pour savoir si ces phénomènes ont vraiment un impact à long terme sur la fertilité masculine. Enfin, certains points méthodologiques limitent la solidité des conclusions, notamment le fait que les conditions du groupe contrôle ne soient pas décrites avec assez de détails.
En résumé, cette étude suggère que l’exposition prolongée aux CEM-RF de téléphones mobiles pourrait provoquer du stress cellulaire dans les testicules de rats. Les résultats ont été obtenus dans des conditions rigoureuses, mais doivent être interprétés avec prudence. L’étude a été menée uniquement chez l’animal, et certains points méthodologiques limitent la portée des conclusions. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour savoir si ces effets pourraient avoir un impact sur la fertilité humaine.