Publication Les effets histologiques et inflammatoires d’une exposition à des ondes quasi-millimétriques 26,5GHz sur la peau de rat

Découvrez tous les publications

Publication - Santé

Ijima E, Nagai A, Li K, Hikage T, Kamizawa N, Hidaka E, Tsuruta Y, Ishitake T, Masuda H.

Dans cette étude, l’équipe de recherche avait comme objectif d’évaluer l’impact d’une exposition aux ondes quasi-millimétriques (qMMW) sur la peau de rats de laboratoire. Les ondes quasi-millimétriques sont utilisées dans la 5G pour des communications sans fil à haut débit. Les chercheurs se sont focalisés sur les ondes de fréquence 26,5 GHz (qMMW 26 GHz).

Pour ce faire, l’équipe de recherche a exposé une petite zone de la peau de rats à ces qMMW 26,5 GHz à différentes intensités de Densité de Puissance Absorbée (DPA ou « Absorbed Power Densities » en anglais, il s’agit d’une unité de mesure qui permet d’évaluer l’exposition aux CEM-RF de hautes fréquences (au-delà de 6GHz), elle est exprimée en Watts par mètre carré). 61 rats mâles âgés de 8 à 9 semaines ont été répartis dans 4 groupes de niveaux d’exposition différents :

  • Groupe 250 W/m2 : Ce groupe de 12 rats était exposé durant 18 minutes à une DPA de 250 W/m2
  • Groupe 370 W/m2 : Ce groupe de 14 rats était exposé durant 18 minutes à une DPA de 370 W/m2
  • Groupe 500 W/m2 : Ce groupe de 17 rats était exposé durant 18 minutes à une DPA de 500 W/m2
  • Groupe 0 W/m2 ou « sham » : Ce groupe de 15 rats était exposé durant 18 min à une DPA de 0 W/m2. Il s’agit du groupe dit « sham », c’est-à-dire que les rats se trouvaient dans le même environnement que les autres groupes, mais sans être exposés aux qMMW 26,5 GHz. Cette technique permet de s’assurer que si une différence est observée, elle est bien attribuable à l’exposition et pas à un autre élément de l’environnement d’exposition.
  • Groupe contrôle : Ce groupe de 3 rats n’était pas exposé aux qMMW 26,5 GHZ, et se trouvait dans une cage, et non pas dans le même environnement que les groupes exposés et que le groupe « sham ». Ce groupe sert de référence de base, il permet de faire des comparaisons avec des rats laissés dans leur environnement habituel.

Le système d’exposition était constitué d’une antenne émettrice de qMMW 26,5 GHz placée à 1cm de la surface de peau des rats. Les rats étaient rasés au niveau du dos et anesthésiés avant l’exposition. La température était mesurée dans la zone cible pendant l’exposition par l’utilisation d’un thermomètre à fibre optique dont la sonde était placée en contact avec la surface de peau exposée.

L’équipe de recherche a ensuite réalisé trois types d’analyses :

a) Des analyses histologiques, c.-à-d. qu’ils ont observé de fines lamelles de la peau des rats au microscope. Le but de cette analyse était d’observer de potentielles modifications dans les différentes couches qui composent la peau (épiderme, derme, etc…). Ces observations ont été réalisées 24 heures et 72 heures après l’exposition. Quatre chercheurs indépendants ont chacun examiné deux lamelles de peau par rat en respectant la méthode dite « à l’aveugle ». Cela signifie que lors de leurs observations, ils ne savaient pas si la peau à analyser avait été prélevée sur un rat exposé ou non et à quelle intensité. Cette technique permet d’éviter les biais d’« a priori », c’est-à-dire les préconceptions des chercheurs sur les CEM-RF et leur influence sur l’interprétation des résultats, même de manière involontaire.

A l’issue de cette analyse :

  • Les chercheurs n’ont pas observé de différence entre le groupe « sham », le groupe 250 W/m², le groupe 370 W/m² et le groupe « contrôle » que ce soit 24 heures ou 72 heures après l’exposition ;
  • Les chercheurs ont observé, pour le groupe 500 W/m2, que la peau était endommagée par des blessures semblables à des brûlures (cloques, épaississement de la peau, gonflement sous la peau, …). Ces effets étaient tous présents 24 heures après l’exposition, et certains étaient encore plus prononcés 72 heures après l’exposition.
b) L’identification de marqueurs de l’inflammation, c.-à-d. qu’ils ont vérifié la présence de protéines (les ouvrières du corps) qui jouent un rôle dans l’inflammation. L’inflammation est une réaction du corps humain en cas d’agression comme une brûlure, une infection ou une coupure.


A l’issue de cette analyse :

  • Les chercheurs ont observé des taux faibles de protéines liées à l’inflammation dans les groupes 250 W/m2 et 370 W/m2 ;
  • Les chercheurs ont observé, dans le groupe 500 W/m2, des taux plus élevés pour différentes protéines liées à l’inflammation ;
  • Ils ont noté que ces taux continuaient à augmenter plusieurs heures après l’arrêt de l’exposition ;
  • Ils ont observé que la quantité de protéines liées à l’inflammation augmentait en fonction de l’augmentation de l’intensité d’exposition. Elles étaient donc plus nombreuses dans le groupe le plus intensément exposé et moins nombreuses dans le groupe moins intensément exposé ;
  • Certaines autres protéines liées à l’inflammation n’ont pour leur part été détectées dans aucun des groupes.

c) L’observation de la température de la peau : En mesurant en continu la température des surfaces de peaux exposées pour chaque groupe, les chercheurs ont observé que :
  • La température de la peau augmentait au cours de l’exposition dans chaque groupe exposé ;
  • Plus l’exposition était élevée, plus la température augmentait, jusqu’à environ 39°C (groupe 250 W/m2), 42 °C (groupe 370 W/m2) et 45 °C (groupe 500 W/m2).

Nous noterons ici que les DPA utilisées sont supérieures aux seuils recommandés par la Commission Internationale de Protection contre les Rayonnements Non-Ionisants (ICNIRP en anglais), un organisme international établissant des seuils officiels d’exposition aux champs électromagnétiques. Selon l’ICNIRP, au-delà d’une DPA de 200 W/m2, les CEM-RF peuvent entrainer une augmentation de la température des tissus jusqu’à 41°C, ce qui devient dangereux pour le corps humain. Le seuil d’exposition aux CEM-RF de haute fréquence recommandé par l’ICNIRP pour le grand public est de 20 W/m2, donc 10x plus faible. Les DPA utilisées dans cette étude sont toutes supérieures à ces recommandations.

L’équipe de recherche conclut que :

  • Les changements histologiques observés dans le groupe 500 W/m2 pourraient être dus à l’augmentation de la température, elle-même induite par l’exposition aux qMMW 26,5 GHz ;
  • Le seuil d’exposition à partir duquel une réaction inflammatoire est déclenchée par des qMMW 26,5 GHz se situe entre 370 et 500 W/m2 ;
  • Les seuils officiels actuels semblent suffisants pour protéger la population générale de potentiels impacts des qMMW 26,5 GHz sur la peau. Elle recommande cependant de continuer à approfondir la recherche dans ce domaine en étudiant différentes fréquences d’exposition, en répétant les expositions à des intensités plus faibles mais sur des durées plus longues, et en analysant les impacts sur d’autres types d’organes.

Les chercheurs soulignent que ces résultats concernent des peaux de rats et qu’ils ne sont pas directement extrapolables aux humains.

Globalement, cette étude semble avoir été bien menée. Elle inclut plusieurs critères de qualité importants dans la mise en œuvre de telles études avec des animaux. En effet, la présence d’un groupe « sham » assure que les différences observées entre groupes sont bien attribuables à l’exposition et pas à d’autres éléments de l’environnement d’exposition.

La condition à l’aveugle, utilisée dans les analyses histologiques, assure que les chercheurs n’ont pas pu être influencés par leurs propres a priori sur les CEM-RF lors de leur description des résultats puisqu’ils ne savaient pas quels individus avait été exposés, ni à quelle intensité. Par contre, il n’est pas précisé si les animaux ont également été exposés à l’aveugle. Enfin, la présence d’un groupe contrôle, dit « négatif », permet de comparer les données des groupes exposés à des seuils de base.