Dans cette étude, les chercheurs ont réalisé une revue systématique sur les effets de l’exposition aux radiofréquences sur les biomarqueurs du stress oxydatif. Ce sont des indicateurs biologiques produits par le corps humain qui, dans ce cas, témoignent d’un déséquilibre entre la production de Dérivés Réactifs de l’Oxygène (DRO) – produits normalement dans le corps lors du fonctionnement des cellules et en réponse à des stress environnementaux (température, infections, blessures…) – et les mécanismes de défense antioxydants du corps. Ce stress oxydatif peut entrainer des dommages aux cellules et aux tissus sains du corps.
Afin d’identifier les études pertinentes pour leur revue, les chercheurs ont défini des critères de recherche précis concernant :
- le type d’article : documents publiés dans des journaux scientifiques (articles scientifiques) ;
- le type d’étude : études expérimentales in vivo (exposition
des animaux lorsqu’ils sont vivants) et in vitro (exposition en laboratoire d’échantillons tels que des cellules ou des tissus) ;
- la population étudiée : mammifères y compris les humains ;
- le comparateur : comparaison entre un groupe exposé aux CEM-RF et au minimum un groupe « sham » ou non exposé aux CEM-RF. La condition « sham » nécessite de placer les animaux (ex : rats, souris) ou les échantillons (ex : cellules humaines) dans les mêmes conditions que ceux exposés à l’exception de l’exposition (par exemple, les échantillons sont placés dans le même incubateur, dans les mêmes conditions, mais avec le système d’exposition éteint). Cela permet de s’assurer qu’une différence entre les deux groupes, si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les deux groupes ;
- le type d’exposition : CEM-RF sur toute la gamme des fréquences (100 KHz-300GHz) et tous les niveaux d’exposition ;
- le type de paramètres mesurés : biomarqueurs du stress oxydatif.
Le processus de sélection des études a été réalisé en plusieurs étapes. D’abord, les études ont été identifiées dans plusieurs bases de données, puis deux chercheurs ont indépendamment lu les titres et les résumés de ces études afin de retirer celles qui ne répondaient pas aux critères de recherche définis. Les études retenues ont été réparties entre 5 chercheurs qui les ont lues dans leur intégralité. Chaque étude a été lue par deux chercheurs en parallèle. En cas de désaccord entre les deux chercheurs sur le fait qu’une étude répondait aux critères de recherche et de qualité, un troisième chercheur devait examiner l’étude problématique et décider si elle devait être incluse dans la revue ou non. Ce processus de sélection des articles est un gage de qualité qui permet d’être exhaustif et objectif, en capturant toutes les études existantes sur un sujet défini. Il faut noter que ce processus de sélection ne se fait pas sur base des résultats, mais sur la qualité de l’étude.
Les chercheurs ont ensuite extrait et analysé les résultats des différentes études par le biais de méta-analyses. La méta-analyse permet de regrouper les résultats provenant de plusieurs études et de les analyser afin de tirer des conclusions plus solides. En effet, de nombreuses études incluent un faible nombre de participants, ce qui limite la solidité des conclusions. En regroupant les résultats, il est possible d’accroitre la quantité de données et donc la confiance dans les résultats obtenus.
Une autre partie importante du travail des chercheurs a été d’évaluer le niveau de confiance attribué aux résultats des études. D’abord, les chercheurs ont évalué le risque de biais (RoB pour Risk of Bias) en s’appuyant sur plusieurs critères. Les biais sont des erreurs systématiques qui peuvent influencer les résultats d’une étude, que ce soit dans un sens positif (ex : augmente l’effet) ou négatif (ex : réduit l’effet). Il est donc important de les prendre en compte lorsqu’on évalue la qualité d’une étude. Pour évaluer le RoB, les chercheurs ont considéré plusieurs critères, par exemple : le risque de biais de sélection (ex : une randomisation, c’est-à-dire une sélection aléatoire, a été réalisée), le risque de biais de performance (ex : l’étude s’est déroulée à l’aveugle, c’est-à-dire que les chercheurs ne savent pas quels animaux/échantillons ont été exposés ou non aux CEM-RF, afin d'éviter toute influence sur les résultats, même involontaire), la sélection des résultats rapportés (désigne le fait de ne rapporter qu’une partie des résultats), etc. L’évaluation du risque de biais a été réalisée indépendamment par deux chercheurs pour chaque étude avec l’intervention d’un autre chercheur en cas de désaccord. À l’aide de cette évaluation (RoB) et d’autres critères (ex : incohérences, imprécisions), les chercheurs ont attribué un niveau de confiance aux résultats des différentes études : élevé, modéré, faible et très faible.
Au total, 56 études, dont 45 in vivo et 11 in vitro, ont été incluses dans la revue systématique et 52 dans des méta-analyses. Les études étaient majoritairement conduites sur des rongeurs tels que des rats, des souris, des hamsters ou des cochons d’Inde (50) et quelques études étaient conduites sur des cellules humaines (6). Les différents biomarqueurs évalués ont été mesurés dans le cerveau, le foie, les cellules, le thymus (un organe important dans le bon fonctionnement de notre système immunitaire, car c’est là que se forment certains globules blancs impliqués dans les mécanismes de défense), le sang et les testicules.
La plupart des résultats des méta-analyses n’étaient pas significatifs, à l’exception de quelques résultats significatifs montrant des effets significatifs, allant de faibles à importants pour certains biomarqueurs mesurés dans le foie, le sang, les testicules de rongeurs et les cellules humaines. Toutefois, le niveau de confiance pour tous les résultats a été évalué par les chercheurs comme très incertain. Cette incertitude quant à la fiabilité des résultats est notamment due à un risque de biais élevé, en partie à cause du manque d’informations sur la façon dont les animaux ont été répartis au hasard entre les groupes exposés ou non, sur la conduite des expériences à l’aveugle ou non, mais aussi en raison de problèmes de caractérisation de l’exposition. Nous pouvons également noter que certains résultats sont contradictoires et basés sur des échantillons de petite taille.
Les chercheurs recommandent d’améliorer la méthodologie des études et insistent notamment sur l’importance de respecter les critères de qualité des études expérimentales à savoir :
- une exposition appropriée et bien caractérisée ;
- une définition claire des objectifs et une mesure appropriée des paramètres mesurés dans l’étude ;
- l’utilisation de véritables groupes « sham »
- la conduite des tests à l’aveugle ;
- ainsi que la mesure de la température afin de s’assurer que les résultats observés ne sont pas dus à une augmentation de température (effets thermiques).
En conclusion, comme mentionné par les chercheurs, il n’est pas possible de tirer des conclusions fermes à cause des trop nombreuses incertitudes liées à la qualité des études incluses dans cette revue systématique et méta-analyse. La recherche scientifique doit se poursuivre et la qualité des études doit être améliorée.