L’équipe de recherche part du constat que les seuils d’exposition aux CEM-RF recommandés par la Commission Internationale de Protection contre les Rayonnements Non-Ionisants (ICNIRP) ne concernent que les effets thermiques des CEM-RF. Or des questionnements persistent autour des potentiels effets non-thermiques des CEM-RF, c.-à-d. des effets biologiques qui pourraient apparaitre à des niveaux d’exposition trop faibles pour entrainer un réchauffement des tissus humains.
Une revue systématique de la littérature consiste à rassembler l’ensemble des études nationales et internationales qui ont analysé cette question et d’en sortir des conclusions générales. L’équipe a réalisé une recherche par mots-clés dans plusieurs bases de données rassemblant les articles scientifiques du monde entier. Les mots-clés étaient : « radiofréquence », « exposition », « effet », « humain » et « débit cardiaque ». Ils ont obtenu une liste de 224 articles auxquels ils ont ensuite appliqué une série de critères de sélection. Pour être incluses, les études devaient :
- Être une expérimentation sur des volontaires humains en bonne santé,
- Étudier les effets des CEM-RF,
- Fournir des mesures de l’activité cardiaque, telles que :
- La fréquence cardiaque : nombre de battements de cœur par minute,
- La variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) : variations de fréquence cardiaque entre les battements de cœur,
- Fournir des mesures réelles de l’exposition (et non une estimation) ou un DAS (pour « Débit d’Absorption Spécifique », c’est l'unité de mesure de la quantité d'énergie de radiofréquence que le corps absorbe lors de l’exposition aux CEM-RF).
De plus, les études devaient respecter des critères de qualité stricts en termes de méthode scientifique. Les études devaient :
- Inclure un groupe « sham », c’est à dire un groupe d’individus non-exposés et placés dans les mêmes conditions que les individus des groupes exposés à l’exception de l’exposition. Ce procédé permet de s’assurer qu’une différence entre les groupes (exposé vs. non-exposé), si elle existe, est bien due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les deux groupes,
- Respecter une condition à l’aveugle, ce qui signifie que les chercheurs et/ou les participants ne connaissaient pas le statut exposé/non exposé aux CEM-RF. Cela permet d'éviter toute influence, même involontaire, sur les résultats.
Parmi les 28 articles respectant ces critères de qualité, les tests d’exposition impliquaient des CEM-RF allant de 100 MHz à 110 GHz, et les durées des sessions d’expositions allaient de 5 minutes jusqu’à 7 nuits d’affilées. Durant l’exposition, les volontaires étaient toujours dans des conditions de repos ou de calme (assis, allongés, ou debout). Les groupes de volontaires étaient composés de proportions variables de femmes et d’hommes ou de groupes d’âges. Les systèmes d’exposition différaient selon la source utilisée (téléphone mobile, ou station émettrice), leur position par rapport au corps (proche de la tête, de la poitrine, du dos), ainsi que la distance d’exposition (allant d’un téléphone collé au visage à plusieurs mètres des volontaires).
Concernant la fréquence cardiaque, la grande majorité des études n’a pas conclu à des différences significatives entre les groupes exposés et non-exposés aux CEM-RF, et ce indépendamment du système d’exposition, de la fréquence des CEM-RF, de la durée d’exposition, de l’âge, du sexe et de la distance à la source d’exposition.
Globalement, les auteurs concluent qu’une exposition aux CEM-RF sous les seuils recommandés par l’ICNIRP n’a pas d’effet significatif sur la fréquence cardiaque pour une série de conditions d’expositions différentes en termes de durée, fréquence et distance à la source.
Concernant la VFC, les résultats sont plus nuancés. La majorité des études n’a pas conclu à des différences significatives entre les groupes. Cinq études ont montré des VFC différentes entre groupes exposés et non-exposés aux CEM-RF. Cependant, ces observations concernent des paramètres différents de la VFC entre les 5 études, et les auteurs des études en question soulignent qu’elles peuvent être dues au hasard.
Les auteurs de cette revue systématique soulignent que ces résultats concernent des êtres humains en bonne santé et à l’état de repos, ils ne peuvent donc pas être généralisés à des populations de personnes malades ou en activité. Enfin, ils soulignent qu’une harmonisation des méthodes d’expérimentation est essentielle pour permettre de comparer les résultats. Ils insistent également sur la qualité des futures études et suggèrent qu’elles respectent les critères suivants :
- Des expérimentations à l’aveugle
- La présence d’un groupe « sham »
- Une mesure précise de l’exposition
- Un calcul du DAS
- Une explication détaillée du système d’exposition
Cela permettrait d’obtenir des résultats exploitables dans les analyses des risques des CEM-RF, ainsi que de pouvoir reproduire les expérimentations et en comparer les résultats plus aisément.
Cette revue systématique a été globalement bien menée, par une sélection stricte des articles inclus en termes de qualité méthodologique et par la prise en compte de nombreux facteurs liés à la méthode d’exposition. Nous rejoignons les recommandations faites par les auteurs quant à la nécessité de mener des études respectant les critères de qualité listés.