Pour le vérifier, les chercheurs ont réalisé une étude expérimentale in vitro, c’est-à-dire réalisée sur des cellules en laboratoire. Ils ont utilisés deux types de cellules humaines : des cellules gliales (des cellules de soutien présentes dans le cerveau, distinctes des neurones, mais tout aussi cruciales pour son fonctionnement) et des globules blancs. Ce choix vient du fait que certaines études ont déjà associé l’usage du téléphone mobile à certains cancers cérébraux, et l’exposition aux lignes et appareils électriques à certaines leucémies (des cancers touchant les cellules du système immunitaire présentes dans le sang ou la moelle osseuse). Pour chaque type de cellules, des échantillons ont été répartis en quatre groupes afin de comparer les effets. Le premier groupe, dit « sham », nécessite de placer les cellules non exposées dans les mêmes conditions que celles exposées à l’exception de l’exposition (par exemple, les échantillons sont placés dans le même incubateur, dans les mêmes conditions, mais avec le système d’exposition éteint). Cela permet de s’assurer qu’une différence entre les groupes (exposés ou non), si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les groupes. Le deuxième groupe était exposé uniquement aux CEM-RF, pour évaluer leur effet direct. Le troisième groupe recevait uniquement des produits chimiques connus pour endommager l’ADN, comme certains métaux lourds ou des substances qui imitent les effets des UV. Enfin, un quatrième groupe combinait à la fois l’exposition aux CEM-RF et à ces produits chimiques, afin de vérifier si les CEM-RF pouvaient renforcer ou réduire les effets des produits chimiques.
Pour mesurer ces dommages éventuels, les chercheurs ont utilisé une technique appelée « test des comètes ». Quand l’ADN d’une cellule est endommagé, une partie peut se casser en petits fragments. Dans le test des comètes, on place l’ADN dans un gel et on applique un champ électrique. Les fragments migrent dans le gel et forment une traînée visible au microscope. Plus la traînée est longue, plus il y a eu des dommages à l’ADN.
Les résultats de l'étude indiquent que les CEM-RF des téléphones mobiles et les CEM-BF des lignes électriques et appareils électriques n'ont pas endommagé l'ADN des cellules humaines ; une légère diminution des dommages a même été observée dans les cellules gliales, bien que ses conséquences biologiques soient incertaines. De plus, l'étude a démontré qu'aucune combinaison de ces CEM avec des produits chimiques cancérigènes n'a renforcé ou réduit les effets observés sur l'ADN, suggérant que les CEM n'ont pas modifié l’action de ces substances.
L’étude est jugée solide, car elle a respecté des critères de rigueur scientifique importants. Les chercheurs ont utilisé des groupes "sham" afin d’avoir une comparaison fiable. Ils ont aussi intégré un groupe contrôle positif, c’est un groupe auquel on applique une substance ou une condition dont on sait déjà qu’elle provoque un effet mesurable, comme des dommages à l’ADN. Cela permet de vérifier que le test utilisé fonctionne correctement. De plus, chaque expérience a été répétée trois fois pour garantir la fiabilité des résultats. Enfin, toutes les analyses ont été faites à l’aveugle, c’est-à-dire que les chercheurs ne savaient pas quels échantillons avaient été exposés, ce qui permet d’éviter tout biais. Les biais sont des erreurs systématiques qui peuvent influencer les résultats d’une étude, que ce soit dans une sens positif (ex : augmente l’effet) ou négatif (ex : réduit l’effet). Il est donc important de les prendre en compte lorsqu’on évalue une étude. Il reste néanmoins des limites à prendre en compte. Les expériences ont été menées sur des cellules isolées, in vitro, et non sur des organismes entiers, ce qui ne reflète pas toute la complexité d’un corps humain. L’effet légèrement « protecteur » observé dans les cellules de cerveau reste aussi mal compris et nécessite d’autres recherches.
En conclusion, cette étude montre que, dans les conditions testées, les CEM-RF des téléphones mobiles et CEM-BF des lignes électriques n’endommagent pas l’ADN et ne modifient pas les effets de substances cancérigènes. Les chercheurs recommandent néanmoins de poursuivre les travaux pour mieux comprendre les mécanismes encore incertains.