L’étude a été réalisée à partir de prélèvements sanguins effectués chez 30 volontaires en bonne santé, composés de 15 hommes et 15 femmes âgés de 25 à 40 ans. Afin de réduire l’impact des différences entre les participants, chaque échantillon de sang exposé aux CEM-RF avait un échantillon témoin provenant de la même personne, prélevé en même temps et non exposé. Les tubes de sang exposés ont été soumis aux CEM-RF pendant deux heures, à température ambiante (≈20 °C), dans un système d’exposition spécifiquement conçu pour ce type d’expérience. Chaque échantillon a été exposé à une seule fréquence parmi les trois étudiées. Les échantillons témoins ou « sham » ont été conservés dans les mêmes conditions mais avec le système d’exposition éteint. Cela permet de s’assurer qu’une différence entre les échantillons exposés et non exposés « sham », si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les groupes.
Les chercheurs ont ensuite analysé plusieurs éléments. Ils ont d’abord examiné les données que l’on mesure généralement lors d’une prise de sang, comme le nombre de globules rouges, de globules blancs et de plaquettes, ainsi que leur taille et leur volume. Ils ont aussi observé l’activation des plaquettes, c’est-à-dire leur niveau d’activité, car ces cellules jouent un rôle important dans la coagulation du sang. Enfin, les chercheurs ont étudié la forme et la taille des globules rouges plus en détail à l’aide d’un logiciel capable de mesurer leur surface, leur contour ou encore la régularité de leur membrane. Cela permet de détecter si les cellules sont en bon état ou si elles présentent des signes de fatigue ou de vieillissement. Une analyse supplémentaire a permis de regrouper les globules rouges en deux grandes catégories selon leurs caractéristiques, afin de mieux comprendre si l’exposition aux CEM-RF modifie leur état ou leur comportement.
Dans l’ensemble, les résultats des mesures habituellement réalisées dans le cadre d’une prise de sang et ceux concernant l’activation des plaquettes n’ont pas montraient de différences significatives entre le sang exposé aux CEM-RF et celui qui ne l’était pas. En revanche, des différences au niveau des globule rouges ont été observées. À 700 MHz, les globules rouges étaient plus grands et leur surface semblait plus irrégulière. Ces changements étaient présents chez les hommes et les femmes, mais étaient plus prononcés chez les femmes. À 2500 MHz, on constatait également des modifications significatives de forme et une baisse de la solidité des cellules, là encore plus visibles chez les femmes. Des effets similaires ont été notés à 3500 MHz, en particulier une perte de la forme normale des globules rouges chez les femmes. Ces changements pourraient indiquer que les globules rouges deviennent plus fragiles ou moins efficaces, ce qui pourrait avoir un impact sur la qualité du sang.
Les chercheurs concluent que l’exposition aux CEM-RF semble modifier la forme des globules rouges, en particulier à la fréquence de 700 MHz. Toutefois, ils précisent qu’il est encore incertain si ces changements sont temporaires ou durables. Ils insistent sur le besoin de poursuivre les recherches, notamment avec des expositions plus longues et variées, ainsi que des suivis après exposition.
Cependant, plusieurs limites doivent être soulignées dans cette étude. Tout d’abord, l’article ne fournit pas suffisamment d’informations sur le système d'exposition utilisé, ce qui rend difficile d’évaluer s’il était adapté et complique la reproduction de l’expérience par d’autres chercheurs. En effet, même si l’étude indique une intensité de champ électrique, ainsi que des fréquences et une durée d’exposition, ces informations ne permettent pas de déduire comment les cellules sanguines étaient réellement exposées et restent insuffisantes pour assurer une reproduction fiable. Ensuite, bien que les chercheurs signalent la présence d’échantillons témoins, conservés dans les mêmes conditions que les échantillons exposés, la description des conditions d’exposition ne permet pas d’en évaluer la validité. Ce groupe « sham » est fondamental pour limiter les biais, car il permet de s'assurer que les effets observés sont bien dus aux CEM-RF et non à d’autres facteurs environnementaux non contrôlés. Les biais sont des erreurs systématiques qui peuvent influencer les résultats d’une étude, que ce soit dans une sens positif (ex : augmente l’effet) ou négatif (ex : réduit l’effet). Il est donc important de les prendre en compte lorsqu’on évalue une étude. De plus, l’étude n’a pas été réalisée en condition "aveugle", ce qui signifie que les chercheurs savaient quels échantillons avaient été exposés aux CEM-RF et lesquels ne l’étaient pas. Cette condition est importante car elle signifie que les chercheurs ne savent pas quels échantillons sont exposés ou non aux CEM-RF, afin d'éviter toute influence sur les résultats, même involontaire. L'absence de travail à l’aveugle peut donc influencer inconsciemment l'interprétation des résultats, même si cette influence n’est pas intentionnelle. Enfin, la température des échantillons n’a pas été contrôlée de manière rigoureuse. Or, la température peut elle-même influencer l'état des cellules, rendant difficile de dire si les changements observés sont causés par les CEM-RF ou par des variations non contrôlées de température.
Face à ces limites, les résultats doivent être interprétés avec prudence. Aucune conclusion définitive ne peut être tirée pour l’instant sur les effets des CEM-RF 5G sur le sang ou la santé en général. Les chercheurs recommandent donc la réalisation d’études plus rigoureuses et reproduites pour confirmer ces premières observations et mieux comprendre les mécanismes impliqués.