Pour cela, ils ont utilisé trois groupes de douze rats mâles. Le premier groupe n’a subi aucune exposition et servait de contrôle. Le deuxième groupe, est appelé le groupe « sham », cette condition nécessite de placer les rats non exposés dans les mêmes conditions que ceux exposés à l’exception de l’exposition (par exemple, les animaux sont placés dans les mêmes cages, dans les mêmes conditions, mais avec le système d’exposition éteint). Les groupes contrôle et « sham » permettent de s’assurer qu’une différence entre les groupes, si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre lié aux rats ou à l’environnement de test qui diffèrerait entre les deux groupes. Les rats ont donc été placés dans les mêmes conditions que les rats exposés, mais avec un téléphone mobile éteint. Le troisième groupe a été exposé aux CEM-RF d’un téléphone mobile allumé, une heure par jour pendant quatre semaines.
Les chercheurs ont étudié plusieurs aspects. Ils ont observé le comportement des rats à travers un test de mémoire de la peur, qui consiste à voir si l’animal évite ou non un compartiment où il a vécu une expérience désagréable. Ils ont ensuite analysé certaines zones du cerveau, en particulier l’hippocampe, impliqué dans la mémoire et les émotions, ainsi que les glandes surrénales, situées au-dessus des reins, qui produisent les hormones du stress comme le cortisol.
Les résultats ont montré que les rats exposés aux CEM-RF étaient plus agités et semblaient plus anxieux que les autres. Leur mémoire de la peur était moins efficace : ils retournaient plus rapidement dans le compartiment associé à un danger. Dans leur cerveau, les chercheurs ont observé un espace élargi autour de certains vaisseaux sanguins dans l’hippocampe, la zone du cerveau importante pour la mémoire et l'apprentissage. De plus, un nombre plus important de cellules en apoptose (un processus naturel d’élimination des cellules abîmées) a été observé dans cette zone du cerveau. Toutefois, la différence n’était pas significative lorsqu’on comparait le groupe exposé aux groupes contrôles. Dans les glandes surrénales, certaines zones présentaient des cellules mortes, de l’inflammation et des vaisseaux sanguins congestionnés, ce qui signifie que la glande fonctionnait moins bien dans zones, alors que d’autres restaient normales.
Cette étude comporte d’autres limitations importantes. Tout d’abord, le système utilisé pour exposer les rats était un téléphone mobile, ce qui n’est pas adapté pour des tests précis, car il est impossible de connaître l’exposition réelle des animaux, celle-ci dépendant de nombreux paramètres (localisation de l’antenne, type d’appels, etc.). Une absence de conditions expérimentales suffisamment contrôlées est également à souligner. L’expérience n’a pas été menée avec un protocole en aveugle, ce qui signifie que les chercheurs ou les évaluateurs pouvaient savoir quels rats appartenaient à quel groupe, introduisant un biais potentiel dans l'interprétation des résultats. Les auteurs précisent toutefois qu’une partie des mesures (celles de l’espace autour des vaisseaux dans le cerveau) a été faite par une personne extérieure, ce qui réduit ce risque de biais dans ces analyses. Les biais sont des erreurs systématiques qui peuvent influencer les résultats d’une étude, que ce soit dans un sens positif (ex : augmente l’effet) ou négatif (ex : réduit l’effet). Il est donc important de les prendre en compte lorsqu’on évalue une étude. Enfin, l'étude n'a pas mentionné un contrôle de la température durant l’expérience. Cela peut biaiser les résultats, car il devient alors difficile de distinguer les effets liés à l’exposition aux CEM-RF de ceux causés par d’éventuelles variations de température non contrôlées.
Face à ces limites, les résultats doivent être interprétés avec prudence. Ils ne permettent pas de conclure de manière définitive sur un lien entre l’exposition aux CEM-RF et les effets observés. Les auteurs rappellent qu’il est nécessaire de mener d’autres études, plus rigoureuses et mieux contrôlées, pour confirmer ou infirmer ces résultats avant de tirer des conclusions applicables à l’humain.