Pour ce faire, les chercheurs ont recruté des volontaires âgés de 60 à 80 ans non-fumeurs, dont le cycle de sommeil était régulier, qui n’avaient pas d’antécédents, ni une consommation actuelle excessive de produits tels que le caféine ou l’alcool et qui ne prenaient aucun traitement qui pourrait avoir une action sur le cerveau.
Les volontaires étaient invités à dormir au sein du laboratoire de recherche pendant 10 nuits espacées d’une semaine. Chacune des 10 nuits était suivie d’une visite en journée. Les analyses pendant les nuits passées au laboratoire ont fait l’objet d’un autre article et ne sont pas discutés ici. Nous nous concentrons donc sur les résultats des visites en journée.
La première session (1 nuit, 1 visite en journée) était une session d’habituation afin que les participants se familiarisent avec le laboratoire, les procédures et les tests qu’ils devront faire par la suite.
Chaque visite en journée commençait à 13h30 et se terminait vers 18h. Elles comprenaient 5 phases :
- Préparation du participant : placement des électrodes sur la tête du participant et de l’antenne émettrice CEM-RF au niveau de l’oreille gauche (2 heures) ;
- Lecture en position assise (30 minutes) ;
- Test physiologiques : (examen des pupilles, examen de l’activité électrique du cerveau, etc.) (1 heure) ;
- Tâches cognitives en lien avec l’attention, la vigilance et la mémoire (1 heure) ;
- Dépose des électrodes et de l’antennes.
L’exposition commençait à partir de la phase de lecture (2) et se poursuivait jusqu’à la fin des tests cognitifs (4). Les participants étaient aléatoirement exposés à une des trois conditions suivantes : (a) CEM-RF 900 MHz (téléphone mobile), (b) CEM-RF TETRA (utilisé par les services d’urgence et de sécurité à une fréquence de 385 MHz), (c) « sham », ce qui signifie que les participants étaient placés dans les mêmes conditions que lors de l’exposition aux CEM-RF à l’exception du système d’exposition qui était éteint. Cela permet de s’assurer qu’une différence entre les sessions réellement exposées ou « sham », si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait selon les périodes d’exposition. À la fin des neuf sessions, chaque participant a été soumis à trois sessions de chaque type d’exposition.
Toutes les sessions test ont été conduites en double aveugle, ce qui signifie que ni les chercheurs, ni les participants ne connaissaient le statut d’exposition (CEM-RF 900 MHz/CEM-RF TETRA/« sham ») afin d'éviter toute influence, même involontaire, sur les résultats. Le Débit d’Absorption Spécifique (DAS) pour la tête et lié à l’exposition CEM-RF TETRA était de 6 W/kg et de 2 W/kg pour l’exposition CEM-RF 900 MHz. Le DAS est l'unité de mesure de la quantité d'énergie de radiofréquence que le corps absorbe ou une partie du corps lors de l’exposition aux CEM-RF.
Pour mesurer l’attention, les chercheurs ont utilisé un test visuel et auditif. Les participants devaient détecter des irrégularités dans des séquences de stimuli visuels et acoustiques (2 sous-tests). Dans un autre test également pour mesurer l’attention, les participants devaient appuyer le plus rapidement possible sur un bouton dès qu’ils voyaient apparaitre à l’écran 3 triangles sur 7 pointant vers le bas ou le haut. Concernant l’évaluation de la vigilance, les participants devaient détecter une irrégularité dans le mouvement ascendant et descendant d’une barre. Enfin, la mémoire a été évaluée à l’aide d’un test visuel : des chiffres apparaissaient de manière aléatoire dans une forme géométrique spécifique. Les participants devaient indiquer la position du chiffre sur un clavier ayant une forme géométrique similaire. Il y avait trois niveaux de difficulté : les participants devaient réagir immédiatement à l’apparition d’un chiffre (niveau 1), se souvenir de la position du chiffre et ne réagir qu’après l’apparition du chiffre suivant (niveau 2) ou après deux chiffres ( niveau 3). Pour chaque test, le temps de réaction et de le nombre de réponses correctes étaient évalués.
L’exposition aux CEM-RF n’a montré aucun effet ou des effets très faibles sur les performances cognitives chez les personnes âgées comparé aux sessions « sham ». Les chercheurs mentionnent que ces résultats sont en accord avec d’autres études publiées sur le sujet. Ils suggèrent toutefois de répéter l’étude en utilisant cette fois un signal 5G et un nombre de participants suffisant pour permettre des analyses plus robustes. En effet, l’une des limites principales de cette étude est le faible nombre de participants inclus.
Cette étude est de bonne qualité. Les chercheurs ont rédigé un manuscrit détaillant avec précision la méthodologie employée pour leur étude. Par ailleurs, ils ont respecté tous les critères indispensables à une étude de qualité (condition à l’aveugle, informations sur l’exposition (ex : DAS), groupe d’exposition « sham », etc.). Ils ont également pris le soin d’exclure des facteurs de confusion importants tels que la consommation excessive d’alcool, de café ou la prise de médicaments qui pourrait avoir un effet sur les performances cognitives et donc interférer avec les résultats de l’étude. De plus, une séance d’habituation aux conditions expérimentales a été prévue permettant, probablement, de réduire un éventuel stress chez les participants.