Les allèles du gène CACNA1C sont connus pour influencer le fonctionnement du cerveau et sont associés à un risque accru de certains troubles du sommeil. L’une des variantes les plus étudiées concerne les génotypes T/T et T/C, qui peuvent entraîner des différences dans l’activité cérébrale, notamment en lien avec la régulation du sommeil.
L’étude a été réalisée avec 34 volontaires sélectionnés parmi les participants à une précédente étude sur la qualité du sommeil. Tout d’abord, les chercheurs ont réalisé un prélèvement dans la bouche. L’objectif était de déterminer le génotype, T/T ou T/C. Ainsi, les chercheurs ont pu former deux groupes, groupe allèle T/C et groupe allèle T/T. L’allèle T du gène CACNA1C est associé à un risque accru de troubles du sommeil. Les personnes ayant le génotype T/T (deux allèles T) montreraient des troubles plus marqués que celles ayant un génotype T/C (un seul allèle T). Le groupe T/C comptait 15 participants et le groupe T/T en comptait 19. La différence de nombre est due à l’abandon de certains participants.
Des questionnaires ont été adressés aux participants afin de récolter des informations sur leur usage du téléphone mobile, leur prise de médicaments, leurs habitudes de sommeil, leur santé générale et neurologique, la qualité de leur sommeil (Pittsburgh Sleep Quality Index), leur temps de sommeil (Epworth Sleepiness Scale), leurs préférences en termes de rythme éveil/sommeil (Munich Chronotype Questionnaire) et leur sensibilité aux CEM.
Chaque participant a pris part à l’expérience pendant trois nuits, avec à chaque fois une exposition aux CEM-5G différente. Ils étaient exposés juste avant de dormir pendant 30 minutes. L’exposition n°1 correspondait à une exposition aux CEM-5G 700 MHz, l’exposition n°2 à une exposition aux CEM-5G 3.6 GHz et l’exposition n°3 à une exposition « sham ». Cette condition « sham » nécessite de placer les participants dans les mêmes conditions que lorsqu’ils ne sont pas exposés mais en absence d’exposition. Le système d’exposition est présent mais éteint (il ne génère aucun CEM-5G). La comparaison des résultats des nuits « sham » permet de s’assurer qu’une différence entre les deux groupes, si elle existe, est due à l’exposition et non aux caractéristiques des volontaires qui diffèreraient entre les deux groupes. Les expositions ont été réalisées chaque fois à une semaine d’intervalle.
Les participants avaient pour consigne de limiter leur consommation de tabac ou de d’alcool avant chaque nuit faisant partie de l’étude. Par ailleurs, ils ne devaient pas travailler de nuit, prendre de médicaments, etc. Le but de ces consignes était de limiter les facteurs de confusion qui peuvent avoir une influence sur le sommeil des participants et donc sur les résultats de l’étude alors qu’ils ne sont pas liés à l’exposition aux CEM-5G.
Après les 30 minutes d’exposition, l’activité électrique du cerveau pendant toute la durée de la nuit était enregistrée à l’aide d’un électroencéphalogramme (EEG).
La qualité du sommeil rapportée par les volontaires des deux groupes était bonne et le temps de sommeil lors des 3 nuits était considéré comme « normal ». Les participants du groupe porteur de l’allèle T/C ont rapporté un temps plus important avant de pouvoir s’endormir en comparaison au groupe porteur de l’allèle T/T. Une modification statistiquement significative a été observée dans les signaux EEG enregistrés, uniquement dans le groupe porteur de l’allèle T/C et exposé aux CEM-5G 3.6 GHz comparé au groupe « sham ».
En pratique, cette modification de l’activité cérébrale indique que l’exposition aux CEM-5G 3.6 GHz peut influencer l’activité du cerveau pendant le sommeil, chez les personnes porteuses du génotype T/C. Mais dans cette étude, les chercheurs n’ont pas relevé un effet sur la qualité du sommeil ou la santé en général. Cela reste à explorer.Les chercheurs proposent donc de tester leur hypothèse en conduisant une nouvelle étude.
Cette étude a été bien conduite. Les chercheurs ont décrit l’étude de manière précise et pris en compte des critères de qualité. Ils ont en effet donné des informations à propos de l’exposition et, notamment, modélisé le Débit d’Absorption Spécifique (DAS), ou SAR en anglais (Specific Absorption Rate). Le DAS indique la quantité d’énergie des radiofréquences absorbée par le corps ou par une partie du corps (tête, tronc), exprimée en watts par kilogramme (W/kg). Un groupe « sham » a été utilisé et les expériences ont été conduites en double aveugle : ni les chercheurs, ni les participants ne connaissaient le statut de l’exposition lors des expériences. Cette condition est importante car elle permet d'éviter toute influence, même involontaire, sur les résultats. De plus, un certain nombre de facteurs de confusion tels que mentionnés ci-dessus (tabac, alcool, etc.) ont été inclus.
Cette étude est de bonne qualité et présente des indications d’un effet des CEM-5G à 3.5 GHz sur l’activité électrique du cerveau, mais sans modifications de la qualité du sommeil telle que perçue par les volontaires. Les chercheurs soulignent toutefois la nécessité de valider ces résultats par la conduite d’autres études.