Pour cela, les chercheurs ont travaillé avec trois groupes de souris mâles âgées de 4 semaines :
- Le premier groupe, appelé « sham » ou témoin, nécessite de placer les souris non exposées dans les mêmes conditions que celles exposées à l’exception de l’exposition (par exemple, les animaux sont placés dans les mêmes cages, dans les mêmes conditions, mais avec le système d’exposition éteint). Cela permet de s’assurer qu’une différence entre les deux groupes, si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les deux groupes.
- Le deuxième groupe a été exposé à des CEM-RF pendant 8 heures par jour, durant 4 semaines. La fréquence utilisée était de 1760 MHz, avec une puissance d’exposition mesurée par le Débit d’Absorption Spécifique (DAS) de 4 W/kg pour l’ensemble du corps. Le DAS, ou SAR en anglais, pour « Specific Absorption Rate », est l'unité de mesure, exprimée en watts par kilogramme (W/kg), qui permet de mesurer la quantité d’énergie des ondes radiofréquences que le corps absorbe lorsqu’il est exposé à un CEM-RF. Pour donner un ordre d’idée, cette valeur est environ 50 fois plus élevée que la limite fixée pour le grand public (0,08 W/kg pour l’ensemble du corps) lors de l’usage d’un téléphone mobile.
- Enfin, le troisième groupe a été exposé au plomb ajouté à l’eau que les souris buvaient. Le plomb est un métal lourd connu pour perturber fortement les hormones et le système nerveux. Les chercheurs l’ont utilisé comme « contrôle positif », c’est un groupe auquel on applique une substance ou une condition dont on sait déjà qu’elle provoque un effet mesurable. Cela permet de vérifier que le test utilisé fonctionne correctement, comme un repère permettant de vérifier que leurs tests détectent bien des effets quand il y en a.
Les chercheurs ont mesuré plusieurs paramètres : l’évolution du poids des souris, leur température corporelle, leurs comportements (activité, anxiété, humeur, construction de nids) ainsi que les niveaux d’hormones dans le sang. Ils ont aussi analysé certains gènes du cerveau et de la thyroïde impliqués dans la régulation des hormones. Un gène est une petite partie de l’ADN qui contient le code pour créer une protéine spécifique, ici en lien avec l’activité de la thyroïde. Les protéines sont essentielles dans le développement et le bon fonctionnement de l’organisme.
Les résultats ont montré que les souris exposées aux CEM-RF ne présentaient pas de changement de poids, de température, ni de comportement particulier par rapport au groupe "sham". En revanche, les souris exposées au plomb devenaient plus actives, moins anxieuses et construisaient des nids de moins bonne qualité par rapport au groupe "sham". Sur le plan hormonal, les souris exposées aux CEM-RF montraient une légère hausse d’une hormone clé liée au métabolisme et au développement du cerveau. Les souris exposées au plomb, elles, présentaient des perturbations plus marquées, avec une augmentation des niveaux de deux hormones thyroïdiennes importantes et une diminution d'une hormone liée à la gestion du stress, confirmant l’effet connu du plomb sur le système hormonal. Les chercheurs ont aussi regardé l’activité des gènes, ils ont observé que l’exposition aux CEM-RF réduisait l’activité de certains gènes du cerveau qui participent normalement à la régulation des hormones thyroïdiennes. Le plomb, de son côté, perturbait beaucoup plus de gènes et à plusieurs niveaux (cerveau, hypophyse, thyroïde).
En résumé, l’exposition aux CEM-RF n’a pas entraîné de changements visibles dans le comportement ou la croissance des souris, mais elle a provoqué de légères modifications hormonales et génétiques.
Cette étude est considérée comme scientifiquement bien menée : présence d’un groupe témoin (« sham »), d’un contrôle positif (plomb), contrôle précis de l’intensité des CEM-RF et analyse des résultats à l'aveugle à l’aveugle (cette condition est importante car elle signifie que les chercheurs ne savent pas quelles souris sont exposées ou non aux CEM-RF, afin d'éviter toute influence sur les résultats, même involontaire).
Les auteurs soulignent toutefois que cette étude a des limites. Le niveau d’exposition (4 W/kg) est très éloigné des conditions réelles : pour comparaison, la limite internationale est de 0,08 W/kg pour le corps entier chez le grand public. En clair, les souris ont reçu une dose bien plus élevée que ce qu’un humain pourrait rencontrer avec un téléphone mobile. Ensuite, l’étude n’a porté que sur une période de 4 semaines. On ne sait donc pas si des effets apparaîtraient lors d’expositions plus longues. Enfin, les résultats sur les hormones thyroïdiennes sont variables d’une étude à l’autre : certaines recherches trouvent des effets, d’autres pas, ce qui souligne que la question reste ouverte et nécessite davantage de travaux.
En conclusion, cette étude suggère que les CEM-RF pourraient provoquer de petites modifications hormonales chez les souris, mais sans conséquence observable sur leur comportement. Ces résultats doivent être interprétés avec prudence, car d’autres recherches ont déjà trouvé des effets différents, voire opposés. Les auteurs insistent donc sur la nécessité de nouvelles études, avec des niveaux d’exposition plus réalistes et sur de plus longues durées, notamment pour mieux comprendre les risques potentiels chez les enfants et adolescents, considérés comme plus vulnérables.