Publication Effets de l'exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquences sur le cancer dans les études sur des animaux de laboratoire, une revue systématique

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Publication - Santé

Source via Environ Int.

Mevissen M, Ducray A, Ward JM, Kopp-Schneider A, McNamee JP, Wood AW, Rivero TM, Straif K.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du vaste projet de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui vise à examiner de façon systématique les résultats des projets de recherche qui étudient la potentielle association entre l'exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquences (CEM-RF) et des effets néfastes sur la santé. Les chercheurs ont réalisé une revue systématique des études menées en laboratoire portant sur les potentiels effets des CEM-RF sur les cancers chez les animaux.

Afin d’identifier les études pertinentes pour leur revue, les chercheurs ont défini des critères d’inclusion précis concernant :

  • Le type d’article : étude originale, c’est-à-dire les articles présentant une seule étude dans son ensemble et revue par les pairs donc soumise à la critique d’autres scientifiques. Cette revue critique permet d'évaluer la qualité et la validité des résultats avant la publication ;
  • Le type d’étude : étude expérimentale ;
  • La population étudiée : animaux de laboratoire : mammifère (sauf humain) ;
  • Le comparateur : comparaison entre un groupe exposé aux CEM-RF et au minimum un groupe « sham » ou non exposé aux CEM-RF ou exposé à un niveau de CEM-RF très inférieur à celui du groupe « exposé ». La condition « sham » nécessite de placer les animaux (ex : rats, souris) dans les mêmes conditions que ceux exposés à l’exception de l’exposition (par exemple, les animaux sont placés dans la même cage, dans les mêmes conditions, sauf pour le système d’exposition qui est éteint). Cela permet de s’assurer qu’une différence entre les deux groupes, si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les deux groupes ;
  • Le type d’exposition : CEM-RF sur toute la gamme des fréquences (100 KHz - 300 GHz) et tous les niveaux d’exposition ;
  • Le type de paramètres mesurés : tout type de cancer.

Une fois les critères de recherche définis, les chercheurs ont procédé à la sélection des articles. D’abord, les études ont été identifiées dans plusieurs bases de données, puis deux chercheurs ont indépendamment lu les titres et les résumés de ces études afin de retirer celles qui ne répondaient pas aux critères de recherche définis. Les études sélectionnées dans cette première phase ont été lues dans leur intégralité, également de manière indépendante par deux chercheurs. Ces derniers ont sélectionné les études pertinentes en fonction des critères d’inclusion et d’exclusion. En cas de désaccord entre les chercheurs sur l’inclusion d’un article, un troisième chercheur était consulté afin de prendre une décision. Ce processus de sélection des articles est un gage de qualité qui permet d’être exhaustif et objectif, en capturant toutes les études existantes sur un sujet défini. Il faut noter que ce processus de sélection ne se fait pas sur base des résultats des études, mais sur base de la qualité de l’étude.

Après avoir rassemblé les études pertinentes, les chercheurs ont évalué le niveau de confiance attribué aux résultats des études. D’abord, les chercheurs ont évalué le risque de biais (RoB pour Risk of Bias) en s’appuyant sur plusieurs critères. Les biais sont des erreurs qui peuvent influencer les résultats d’une étude, par exemple en augmentant ou en réduisant les effets. Il est donc important de les prendre en compte lorsqu’on évalue la qualité d’une étude. Pour évaluer le RoB, les chercheurs ont considéré plusieurs critères par exemple : le risque de biais de sélection (ex : une randomisation, c’est-à-dire une sélection aléatoire, a été réalisée), le risque de biais de performance (ex : l’étude s’est déroulée à l’aveugle, c’est-à-dire que les chercheurs ne savent pas quels animaux ont été exposés ou non aux CEM-RF, afin d'éviter toute influence sur les résultats, même involontaire), la sélection des résultats rapportés (désigne le fait de ne rapporter qu’une partie des résultats), etc. L’évaluation du risque de biais a été réalisée indépendamment par deux chercheurs. Les désaccords étaient résolus par discussion entre les deux chercheurs ou par consultation d’autres chercheurs. À l’aide de cette évaluation (RoB) et d’autres critères (ex : incohérences, imprécisions), les chercheurs ont attribué un niveau de confiance aux résultats des différentes études : élevé, modéré, faible et très faible.

Au total, les chercheurs ont identifié 4350 articles. Après vérification des critères d’inclusion, 52 articles, publiés entre 1978 et 2020 ont été retenus. Les animaux utilisés dans ces études étaient des rats et des souris. Plusieurs cancers ont été étudiés : au niveau du cerveau, du foie, des poumons, etc.

Du fait de trop grandes différences entre les études (type d’animaux, sexe, exposition, etc.), les chercheurs ont considéré qu’il n’était pas possible de réaliser de méta-analyse. Une méta-analyse permet de regrouper les résultats provenant de plusieurs études et de les analyser afin de tirer des conclusions plus solides. En effet, de nombreuses études incluent un nombre trop faible d’animaux, ce qui limite la solidité des conclusions. En regroupant les résultats, il est possible d’accroitre la quantité de données et donc la confiance dans les résultats obtenus.

Les résultats ont montré une augmentation de l'incidence des cancers du cerveau (gliome) et du cœur (schwannome), avec un niveau de confiance évalué comme élevé, ainsi qu’une augmentation de l’incidence du lymphome et des cancers des glandes surrénales, des poumons et du foie, avec un niveau de confiance évalué comme modéré pour chacun d’entre eux. L’incidence représente le nombre de nouveaux cas d’une maladie pendant une période définie et une population déterminée.

Le lymphome est un cancer qui affecte le système lymphatique. Ce dernier est composé de plusieurs organes et joue un rôle essentiel dans la défense de l’organisme. Les glandes surrénales sont des glandes situées juste au-dessus des reins. Elles sécrètent des hormones indispensables à la régulation de nombreuses fonctions du corps comme la régulation du stress ou la rétention d’eau par exemple.

Ces résultats doivent être considérés avec prudence car ils sont basés sur les résultats de quelques études montrant une augmentation de l'incidence du cancer ou une tendance. De plus, les études concernant les cancers du cerveau et du cœur, qui ont conduit aux résultats, ont fait l’objet de critiques méthodologiques (contrôle de la température, de l’exposition, etc.). Le niveau de preuve a été considéré comme élevé sur base de l’évaluation du RoB par les auteurs, malgré ces critiques. Par exemple, certaines inconsistances ou incohérences (plus de décès dans le groupe contrôle, effet différent en fonction du sexe, etc.) n’ont pas été pris en considération.

De manière générale, en l’absence de mécanismes d’action expliquant les effets observés, il est impossible de conclure avec certitude que les CEM-RF sont à l’origine de cancers. En outre, les chercheurs mentionnent la difficulté de transposer les effets observés chez les animaux à l’humain. Enfin, il est important de noter que les revues de Karipidis et al. (Partie 1 et Partie 2) portant sur les études observationnelles conduites chez l’être humain et faisant également partie du projet de l’OMS, n’ont pas montré d’association entre l’exposition aux CEM-RF et le cancer.