Publication Effet de l'exposition aux champs de radiofréquences sur le risque de cancer dans la population générale et les travailleurs : Une revue systématique des études observationnelle humaine – Partie II : effets les moins recherchés

Découvrez tous les publications

Publication - Santé

Karipidis, K., Baaken, D., Loney, T., Blettner, M., Mate, R., Brzozek, C., Elwood, M., Narh, C., Orsini, N., Röösli, M., Paulo, M. S., & Lagorio, S.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du vaste projet de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui vise à examiner de façon systématique les résultats des études sur une potentielle association entre l'exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquences (CEM-RF) et des effets néfastes sur la santé. Dans cette étude, les chercheurs ont réalisé une revue systématique des études observationnelles (c'est-à-dire des études qui observent et collectent des données, sans influencer la situation ou les participants) humaines portant sur les effets de l’exposition aux CEM-RF et sur les cancers. Ici, ils présentent les résultats de la partie II de leur travail. Cette partie porte sur certains types de cancers moins étudiés comme le cancer de la thyroïde, ou encore le cancer de la cavité buccale/pharynx.

Afin d’identifier les études pertinentes pour leur revue, les chercheurs ont défini des critères de recherche précis concernant :

  • le type d’article : étude originale, c’est-à-dire les articles présentant une seule étude dans son ensemble et revue par les pairs donc soumise à la critique d’autres scientifiques. Cette revue critique permet d'évaluer la qualité et la validité des résultats avant la publication ;
  • le type d’étude : études observationnelles : étude de cohorte (étude d’une population de sujets ayant des caractéristiques communes et qui sont suivis dans le temps), cas-témoins (étude qui compare un groupe de personnes présentant la maladie/problème de santé étudié (« cas ») à un groupe de personnes ne présentant pas cette maladie/problème de santé (« témoins »);
  • la population étudiée : population générale et travailleurs, hommes et femmes de tout âge, y compris les enfants ;

le comparateur : groupe peu exposé ou non-exposé aux CEM-RF ;

  • le type d’exposition : téléphone mobile et autres sources de CEM-RF se trouvant dans l’environnement de la population générale. CEM-RF en lien avec une activité professionnelle pour les travailleurs ;
  • le type de paramètres mesurés : cancers rares tels que le cancer de cavité buccale/pharynx (cancer qui touche une zone de la gorge où se rejoignent les voies respiratoires et digestives. Il s'agit d'une zone importante car elle permet à l'air de passer vers les poumons et aux aliments de passer vers l'estomac, et c'est à ce niveau que la parole est produite), le cancer de la thyroïde (un organe essentiel à la régulation d’importantes fonctions du corps humain, notamment via la production d’hormones (molécules)), le lymphome Non-Hodgkinien (ce cancer affecte le système lymphatique qui est composé de plusieurs organes et qui joue un rôle essentiel dans la défense de l’organisme), leucémie, cancer du système lympho-hématopoïétique (comprend les systèmes lymphatique et hématopoïétique, un ensemble de tissus et d’organes – notamment la moelle osseuse et les ganglions lymphatiques – qui jouent un rôle important dans la défense de l’organisme et la production de cellules sanguines), etc.

De la même façon que dans la partie I , les chercheurs ont suivi un protocole rigoureux pour la sélection des études qu’ils allaient inclure dans leur revue systématique. La première étape consiste à identifier des études dans plusieurs bases de données. Deux chercheurs ont d’abord indépendamment lu et sélectionné les études sur base de leur titre et leur abstract. Ensuite, les deux chercheurs ont lu les textes des études dans leur intégralité et sélectionné les études pertinentes en fonction des critères d’inclusion et d’exclusion. Deux autres chercheurs ont, à leur tour, lu les études sélectionnées afin de finaliser la sélection. En cas, de désaccord entre les chercheurs sur la question de savoir si une étude répondait aux critères de recherche, la situation était résolue par une discussion. Ce processus de sélection des articles est un gage de qualité qui permet d’être exhaustif et objectif, en capturant toutes les études existantes sur un sujet défini. Il faut noter que ce processus de sélection ne se fait pas sur base des résultats des études, mais sur la qualité de l’étude.

Les chercheurs ont ensuite extrait et analysé l’ensemble des résultats des différentes études par le biais de méta-analyses. La méta-analyse permet de regrouper les résultats provenant de plusieurs études et de les analyser afin de tirer des conclusions plus solides. En effet, de nombreuses études incluent un faible nombre de participants, ce qui limite la solidité des conclusions. En regroupant les résultats, il est possible d’accroitre la quantité de données et donc la confiance dans les résultats obtenus.

Une autre partie importante du travail des chercheurs a été d’évaluer le niveau de confiance attribué aux résultats des études. D’abord, les chercheurs ont évalué le risque de biais (RoB pour Risk of Bias) en s’appuyant sur plusieurs critères. Les biais sont des erreurs qui peuvent influencer les résultats d’une étude, par exemple en augmentant ou réduisant les effets. Il est donc important de les prendre en compte lorsqu’on évalue la qualité d’une étude. Pour évaluer le RoB, les chercheurs ont considéré plusieurs critères par exemple, des facteurs de confusion (des paramètres qui pourraient influencer les paramètres étudiés et donc les résultats de l’étude (ex : âge, sexe, habitudes tabagiques, la consommation d’alcool, etc.) ou des biais de sélection (dans le cas où l’échantillon étudié n’est pas représentatif de la population que l’on souhaite étudier). L’évaluation du risque de biais a été réalisée par deux chercheurs pour une moitié des études sélectionnées et deux autres chercheurs pour l’autre moitié. Les désaccords étaient résolus par discussion avec l’ensemble des quatre chercheurs.

À l’aide de cette évaluation (RoB) et d’autres critères (ex : incohérences, imprécisions), les chercheurs ont attribué un niveau de confiance aux résultats des différentes études : élevé, modéré, faible et très faible.

Au total, les chercheurs ont identifié 5 060 documents. Après vérification des critères d’inclusion, ils ont retenus 26 articles publiés principalement entre 2000 et 2019 et provenant de 10 pays différents (Europe et États-Unis).

Concernant la population générale, les données ont permis de réaliser des méta-analyses pour trois types de cancer seulement. Les résultats n’ont pas montré d’association entre l’exposition aux CEM-RF provenant de téléphones mobiles et le risque de développer une leucémie, un lymphome Non-Hodgkinien ou un cancer de la thyroïde. Le niveau de preuve pour ces résultats a été évalué comme faible.

Pour les travailleurs, les résultats des méta-analyses ont montré que l’exposition aux CEM-RF n’était pas associée avec un risque accru de cancer du système lympho-hématopoïétique ou de la cavité buccale/pharynx. Le niveau de preuve pour ces résultats a été également été évalué comme faible.

Globalement, si quelques méta-analyses ont pu être effectuées, les chercheurs soulignent qu’elles sont basées sur un nombre restreint d’études. Le nombre limité de données constitue d’ailleurs l’une des raisons expliquant le faible niveau de preuve des résultats des méta-analyses. Le risque de biais a aussi contribué à cette évaluation, notamment en raison de problèmes de caractérisation de l’exposition aux CEM-RF ou de facteurs de confusion.

Pour conclure, cette revue systématique est de bonne qualité et présente l’état des connaissances scientifiques actuelles sur les cancers rares et l’exposition aux CEM-RF dans les études observationnelles humaines.