Publication Champs électromagnétiques émis par les téléphones mobiles : un risque pour le maintien de l'homéostasie énergétique ?

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Publication - Santé

Source via Ann. Endocrinol.

Seewooruttun C, Mai TC, Corona A, Delanaud S, Seze R, Bach V, Desailloud R, Pelletier A.

Cette revue de la littérature examine les potentiels effets des téléphones mobiles (CEM-RF) sur la thermorégulation, c’est-à-dire la régulation de la température, en faisant la différence entre les effets thermiques et non-thermiques. En effet, les chercheurs expliquent comment les CEM-RF interagissent avec les tissus biologiques. Une partie des ondes électromagnétiques est réfléchie, une autre est absorbée et certaines peuvent traverser les tissus. Ces comportements sont similaires à ceux d'autres ondes électromagnétiques, comme la lumière, qui peut aussi être réfléchie par une surface, absorbée (comme par des vêtements foncés) ou traverser certains matériaux (comme le verre). Comme toutes les ondes électromagnétiques, les CEM-RF transportent de l’énergie. Lorsque les niveaux d’exposition sont suffisamment élevés, l’énergie transportée par les CEM-RF peut chauffer les tissus et entraîner ce qu’on appelle des effets thermiques. Ils sont bien connus et dépendent de la quantité d’énergie absorbée.

Afin de connaitre la quantité d’énergie absorbée, il est important de définir ce que l’on appelle le Débit d’Absorption Spécifique DAS, ou SAR en anglais (Specific Absorption Rate). Le DAS indique la quantité d’énergie des CEM-RF absorbée par le corps ou par une partie du corps (tête, tronc). Le DAS est exprimé en watts par kilogramme (W/kg). Les effets thermiques apparaissent à partir d’un certain seuil : lorsque le corps absorbe 4 watts d’énergie par kg (c’est-à-dire 4 W/kg), cela peut entraîner une élévation de la température d’environ 1°C dans les tissus exposés. Il s’agit d’une limite utilisée pour établir les valeurs limites d’exposition aux CEM-RF, avec des facteurs de précaution additionnels. La Commission Internationale de Protection contre les Rayonnement Non-Ionisants (ICNIRP) recommande de ne pas dépasser une exposition de l’ensemble du corps de 0,08 W/kg dans la population générale et de 0,4 W/Kg pour les travailleurs (généralement en bonne santé et ayant un suivi médical particulier). Des valeurs pour l’exposition localisée par exemple de la tête ou des membres sont également recommandées.

Ensuite, les chercheurs poursuivent leur revue en rapportant les résultats de leurs travaux successifs sur des rongeurs et ceux d’autres équipes de recherche. Les résultats des études conduites chez des rongeurs indiquent qu’une exposition aux CEM-RF de 0,1 mW/kg perturbe la régulation de leur température corporelle, entrainant notamment une sensation de froid mesurée indirectement via la mesure de la température de la queue des rongeurs. Concernant les mécanismes d’action, il semblerait que l’exposition aux CEM-RF influencerait le brunissement des tissus adipeux blancs via un dérèglement du fonctionnement d’un gène et en réduisant la taille des cellules qui composent le tissu adipeux blanc.

Le tissu adipeux est un type de tissu où sont stockées les graisses. Il en existe de deux types : le tissu adipeux blanc (TABl) et le tissu adipeux brun (TABr). Le TABr est généralement reconnu comme étant le principal thermorégulateur chez les jeunes mammifères ; il agit en générant de la chaleur lorsque nous avons froid. Le TABl quant à lui, sert principalement à stocker l’énergie sous forme de graisse. Le « brunissement du tissu adipeux blanc » est la conversion du TABl en TABr, qui brûle de l'énergie pour produire de la chaleur.

Cette revue est une revue narrative dans laquelle les chercheurs résument les connaissances sur les potentiels effets de l’exposition aux CEM-RF sur la thermorégulation d’animaux de laboratoire. Comme ils le soulignent, les expositions à court terme ne semblent pas perturber l’équilibre dans le corps et n’entrainent donc pas d’effet néfaste sur la santé des animaux. En revanche, ils posent la question des effets d’une exposition à long terme. Ces travaux nécessitent d’être approfondis afin de permettre de tirer des conclusions plus solides quant aux effets potentiels de l’exposition aux CEM-RF.