Pour ce faire, l’équipe de recherche a réalisé une étude in vitro (c.-à-d., réalisée en laboratoire sur des cellules uniquement et non sur un organisme entier). Les chercheurs ont utilisé 3 groupes de mélanocytes (cellules qui produisent la mélanine) :
- Un groupe « exposé » : ces mélanocytes ont été exposés à des CEM-RF de 1760 MHz (propre à la 4G), durant 4 heures par jour, et ce pendant 4 jours d’affilée. Le DAS était de 4,0 W/kg (Le DAS, ou SAR en anglais, pour « Specific Absorption Rate », est l'unité de mesure, exprimée en watts par kilogramme (W/kg), qui permet de mesurer la quantité d’énergie des ondes radiofréquences que le corps absorbe lorsqu’il est exposé à des CEM-RF). Pour donner un ordre d’idée, cette valeur est environ 50 fois plus élevée que la limite fixée pour le grand public (0,08 W/kg pour l’ensemble du corps) lors de l’usage d’un téléphone mobile ;
- Un groupe « 38°C » : ces mélanocytes étaient placés dans les mêmes conditions que le groupe exposé, mais n’étaient pas exposés aux CEM-RF. Ils étaient par contre exposés à une température de 38°C durant 4 heures par jour pendant 4 jours ;
- Un groupe « sham » : ces mélanocytes étaient placés dans le même environnement que les cellules exposées, mais avec le système d’exposition éteint. Avoir un groupe « sham » permet de s’assurer qu’une différence entre les deux groupes (« exposé » et « sham »), si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les deux groupes.
Le système d’exposition était placé dans un bouclier en aluminium anti-CEM-RF, permettant de s’assurer que la seule source d’exposition des cellules était bien celle générée pour l’étude. Dans l’espace d’exposition, plusieurs facteurs environnementaux étaient contrôlés : la ventilation, l’humidité et la température.
Les chercheurs ont observé une augmentation de la production de mélanine sous l’influence de l’exposition aux CEM-RF. Ils ont aussi pu identifier les mécanismes liés à cette production, c’est-à-dire les différentes protéines et les réactions biologiques qui amplifient la production de mélanine sous l’influence des CEM-RF.
Le groupe « 38°C » montrait lui une diminution des taux de mélanine. Les chercheurs en concluent que l’augmentation de pigmentation observée sous l’influence des CEM-RF n’est pas due à une augmentation potentielle de la température, pouvant accompagner une exposition aux CEM-RF.
L’équipe conclut que l’exposition à des CEM-RF 1760 MHz avec un SAR de 4 W/kg durant 4h/jour et pendant 4 jours pourrait impliquer une hyperpigmentation de la peau et ce par l’activation de mécanismes de synthèse de la mélanine. Les résultats sont similaires à ceux de précédentes études.
Globalement, cette étude a été bien menée. En effet le contrôle de la température (37°C), de la ventilation et de l’humidité dans le système d’exposition est un critère de qualité. Cela permet de distinguer les effets dus à ces trois facteurs des effets attribuables à l’exposition. En outre, un groupe « 38°C » a permis de contrôler l’effet potentiel d’une augmentation de température (+1°C par rapport à leur environnement au repos) sur la production de mélanine. Enfin la présence d’un groupe « sham » a permis, elle aussi, de contrôler la potentielle influence de l’environnement sur les effets observés.
Cependant, l’article ne mentionne pas la mise en place de condition à l’aveugle. Cette méthode permet de réduire les biais d’interprétation en faisant en sorte que les chercheurs ne sachent pas quelles sont les cellules exposées ou non lors de la manipulation des cellules et l’analyse des résultats. Il est aussi important de souligner que les niveaux de DAS étudiés ici (4,0 W/kg) ne sont pas représentatifs des niveaux auxquels les humains sont exposés dans un environnement où la 4G est utilisée.
Cette étude montre une association statistiquement significative entre l’exposition aux CEM-RF 1760MHz et la production de mélanine par des mélanocytes. Nous soulignons l’importance de reproduire cette étude et de réaliser une méta-analyse (mise en commun des résultats obtenus dans plusieurs études similaires) de façon à pouvoir tirer des conclusions plus robustes et d’augmenter le niveau de confiance dans les résultats obtenus).