Publication Alteration du développement des cellules cérébrales de rongeurs après une exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquences 900 MHz

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Publication - Santé

Source via Neurotoxicology

Bodin R, Godin L, Mougin C, Lecomte A, Larrigaldie V, Feat-Vetel J, Méresse S, Montécot-Dubourg C, Marcelo P, Mortaud S, Villegier AS.

Dans cette étude, les chercheurs ont examiné les potentiels effets de l’exposition pré- et post-natale aux champs électromagnétiques de radiofréquences (CEM-RF) 900 MHz non modulé sur le neurodéveloppement (développement du système nerveux, notamment du cerveau) de rongeurs. Un signal non modulé ne transporte pas d’information, contrairement aux signaux de communication comme ceux utilisés pour le téléphone.

Étude avec des rats :

Les chercheurs ont formé 3 groupes de rats femelles enceintes et leurs ratons après leur naissance :

  • Un groupe « sham »: les animaux de ce groupe ont été placés dans les mêmes conditions que ceux exposés à l’exception du système d’exposition qui est éteint. Cela permet de s’assurer qu’une différence entre les deux groupes (groupe exposé et groupe « sham »), si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les deux groupes ;
  • Un groupe exposé aux CEM-RF, 0.08 W/kg ;
  • Un groupe exposé aux CEM-RF, 0.4 W/kg.

À noter, les DAS utilisés dans cette étude correspondent aux valeurs limites recommandées par la Commission Internationale de protection contre les rayonnements non ionisants : (0.08 W/kg pour la population générale et 0.4 W/kg pour les professionnels).

L’exposition a débuté au 8ème jour de grossesse de la mère, lors du développement in utero des ratons, et s’est poursuivie jusqu’au 17ème jour après leur naissance. Parmi les ratons, 2 (1 male et 1 femelle) ont été sélectionnés aléatoirement 8 jours et 17 jours après leur naissance. Leurs cellules cérébrales ont été prélevées et étudiées.

Étude avec des cellules :

Afin d’obtenir des informations sur des mécanismes d’actions sous-jacent aux potentiels effets des CEM-RF, les chercheurs ont étudié des cellules souches du système nerveux prélevées chez de jeunes souris âgées de 0 à 5 jours.

Les cellules souches du système nerveux sont des cellules non spécialisées capables de se différencier en différents types de cellules spécialisées comme les neurones et d’autres cellules du cerveau. Les cellules souches ont été exposées à des CEM-RF, 0.08 W/kg in vitro (en laboratoire) pendant 3 ou 7 jours.

Comme indiqué ci-dessus, les chercheurs ont précisé le Débit d’Absorption Spécifique (DAS) utilisés dans chacune des expériences : 0.08 W/Kg et 0.4 W/Kg. Le DAS est l'unité de mesure de la quantité d'énergie de radiofréquence que le corps absorbe lors de l’exposition aux CEM-RF. À noter, dans l’étude avec les ratons, il s’agit du DAS au niveau de la mère et non des fœtus (ratons). Un calcul du DAS au niveau du fœtus aurait permis d’obtenir des informations plus précises. La température au niveau de l’incubateur des cellules a été mesurée tout au long des expériences. Cela permet de s’assurer que si des effets sont observés, ils sont dus à l’exposition et non à une éventuelle variation de la température.

Les résultats ont montré des perturbations dans le développement du cerveau des ratons exposés aux CEM-RF in utero et après leur naissance. Les chercheurs notent une réduction de la croissance des cellules du cerveau et des perturbations dans les connexions entre les neurones, au niveau des synapses (lieu de communication entre deux neurones ou entre un neurone et une autre cellule, par exemple une cellule musculaire).

Concernant les échantillons de cellules souches provenant de souris, les résultats ont montré une augmentation de leur prolifération mais aussi de leur apoptose (mort par autodestruction, une sorte de suicide contrôlé qui est essentiel à l’élimination des cellules endommagées ou non nécessaires, et ainsi maintenir notre santé) et des dommages à l’ADN. De plus, une augmentation de la différenciation des cellules (il s'agit du processus biologique par lequel des cellules souches non spécialisées se développent pour devenir des cellules spécialisées) a été observée, résultant en des proportions plus importantes de cellules différenciées après exposition.

Ces résultats suggèrent qu’une exposition précoce des ratons aux CEM-RF pourrait avoir des effets sur des mécanismes importants dans le développement de leur cerveau, y compris à des niveaux inférieurs aux recommandations de l’ICNIRP.

Cette étude a été conduite dans le respect de la plupart des critères de qualité des études expérimentales (informations sur l’exposition (ex : DAS), groupe « sham », etc.). Toutefois, nous notons que les expériences n’ont pas été conduites à l’aveugle, c’est-à-dire sans que les chercheurs ne soient informés du traitement reçu par les groupes de rats ou de cellules (« sham », exposées aux CEM-RF). Cette condition est importante afin de minimiser le risque de biais des chercheurs qui pourrait sans en avoir l’intention influencer les résultats. De plus, les chercheurs ont utilisé un signal non modulé et des niveaux d’exposition plus élevés que ceux habituellement rencontrés. Par conséquent, les conditions d’exposition utilisée dans cette étude ne reflètent pas une exposition réelle aux CEM-RF. Ces résultats doivent donc être reproduits en respectant les conditions à l’aveugle et en utilisant un signal d’exposition plus réaliste.