Pour répondre à cette question, ils ont réalisé une étude in vitro (en laboratoire). Dans cette étude, ils ont exposé des cellules du cerveau à des CEM-RF à une fréquence de 2,1 GHz pendant des durées différentes (1h, 24h et 48h). Ils ont ensuite évalué si cette exposition avait eu ou non un effet sur la viabilité des cellules (le nombre de cellules en bonne santé), sur l’apoptose, c’est-à-dire la mort programmée des cellules et sur l’expression des gènes qui jouent un rôle dans l’apoptose.
Le système d’exposition qu’ils ont mis en place permettait de s’assurer que les cellules étaient exposées aux CEM-RF à 2,1 GHz exclusivement et de contrôler une série de conditions environnementales. Concrètement, le système était composé d’une boite dont la couche extérieure était en aluminium et comprenant un ventilateur sur l’une de ses faces. L’aluminium joue un rôle de bouclier contre les sources extérieures de radiofréquences, limitant la pénétration des CEM-RF extérieurs. Le système d’exposition était lui-même placé dans une étuve dans laquelle les conditions environnementales nécessaires à la survie des cellules pouvait être contrôlées c’est-à-dire une température de 37°C, un taux de CO2 de 5 % et un taux d’humidité de 95 %. Le ventilateur servaient à aérer la boite. Une antenne émettrice à 2,1 GHz ainsi que les cellules étaient placées dans ce système d’exposition.
Afin de mesurer la quantité d’énergie des CEM-RF absorbée par les cellules, les chercheurs ont calculé le DAS, qui est une unité de mesure, exprimée en watts par kilogramme (W/kg). Il a été calculé sur base de l’intensité des CEM-RF émis par l’antenne, mais aussi des spécificités des différents matériaux composant le système d’exposition. Ces calculs ont permis d’estimer que l’ensemble des cellules présentes dans le système d’exposition recevaient la même intensité de DAS.
L’équipe de recherche a exposé des cellules du cerveau aux CEM-RF 2,1 GHz avec un DAS de 1,12 W/kg. Les cellules ont été réparties en 4 groupes :
- groupe [1h] : Ce groupe de cellules a été exposé aux CEM-RF pendant 1h ;
- groupe [24h] : Ce groupe de cellules a été exposé aux CEM-RF pendant 24h ;
- groupe [48h] : Ce groupe de cellules a été exposé aux CEM-RF pendant 48h ;
- groupe « sham » : Ce groupe a été placé dans les mêmes conditions que les trois premiers groupes à l’exception du système d’exposition qui était éteint. Cela permet de s’assurer qu’une différence entre les groupes, si elle existe, est due à l’exposition et non à un autre paramètre de l’environnement de test qui diffèrerait entre les groupes.
Les expériences ont été réalisées à l’aveugle : les personnes en charge de l’exposition des cellules n’étaient pas les mêmes que celles en charge de l’analyse des résultats, permettant d’assurer l’objectivité des chercheurs responsables d’évaluer les résultats.
La température était surveillée au cours de l’étude à l’aide d’un thermomètre infrarouge.
L’équipe de recherche a ensuite analysé trois éléments :
- La viabilité des cellules, c’est-à-dire le fait que les cellules étaient en bonne santé, fortes de toutes leurs capacités de fonctionnement et non-endommagées ;
- La proportion de cellules en apoptose, c’est à dire la mort programmée des cellules ; il s’agit d’un phénomène naturel et tout à fait normal qui vise à éliminer les cellules endommagées ;
- L’expression des gènes de l’apoptose : c’est-à-dire le fait que, soient ou non présentes dans les cellules, les protéines responsables du mécanisme de la mort cellulaire programmée.
Les chercheurs ont observé que les groupes exposés pendant 1h et 24h ne montraient pas de différence en terme de viabilité des cellules ou d’apoptose si on les comparait au groupe « sham ». Par contre, le groupe exposé durant 48h montrait une viabilité réduite et un nombre plus élevé de cellules en apoptose que le groupe « sham ».
Concernant la présence et le nombre de protéines liées à l’apoptose, les chercheurs n’ont pas observé de différence entre le groupe exposé pendant 1h et le groupe « sham ». Cependant, ils ont observé que ces protéines étaient deux fois plus nombreuses dans le groupe exposé durant 24h que dans le groupe « sham » et que leur nombre augmentait encore dans le groupe exposé durant 48h.
En conclusion, les impacts observés des CEM-RF sur les cellules du cerveau semblaient varier selon la durée d’exposition.
Cette étude montre un grand contrôle du milieu d’exposition avec une surveillance répétée de la température, ce qui permet d’attribuer les effets observés à l’exposition et non à une éventuelle variation de la température. Le DAS a été calculé, ce qui permet d’avoir une bonne idée de l’énergie des CEM-RF absorbée par les cellules exposées. De plus, la présence d’un groupe « sham » permet d’attribuer les effets observés à l’exposition et non à d’autres facteurs présents dans l’environnement des cellules. De même, les expérimentations ont été menées à l’aveugle, ce qui permet de prévenir une interprétation subjective des résultats. Enfin, l’article décrit l’étude très en détail, ce qui permettra à d’autres équipes de recherche de reproduire l’expérience de la façon la plus similaire possible, rendant les résultats comparables à ceux-ci.
Les auteurs soulignent la complexité des interactions entre CEM-RF et tissus biologiques et en concluent qu’il reste encore beaucoup de choses à explorer pour en améliorer notre compréhension. Les résultats de cette étude sont intéressants, mais ils ne permettent pas à eux seuls d’établir un lien de causalité entre l’exposition aux CEM-RF et les effets étudiés. L’étude devrait être reproduite par d’autres laboratoires et les données mises en commun dans des études plus larges telles que des méta-analyses pour permettre d’évaluer le réel impact des CEM-RF sur les cellules du cerveau.